Le manifeste RESPECTS du Collectif pour une Nation-Refuge !

Réfugiés•Éxilés•Sans Papiers•Étrangers•Citoyens•Tous Solidaires

L’Europe voit arriver sur son sol des femmes, des enfants, des hommes fuyant toutes sortes de tragédies. Si les personnes exilées sont plus nombreuses à venir y chercher refuge depuis 2015, celles-ci ne représentent à peine qu’1 % de la population du continent européen. Nous n’assistons pas à une crise migratoire — expression épouvantail —, mais à une crise tragique de l’hospitalité. De fait, les atrocités et les souffrances vécues des personnes exilées ne s’arrêtent pas de l’autre côté du mur de la forteresse Europe 1.

Les politiques migratoires européennes empêchent l’accueil serein auquel ces personnes ont droit et dont elles ont plus que jamais besoin, après avoir traversé de nombreuses épreuves et risqué leur vie sur des routes migratoires rendues d’autant plus dangereuses par la fermeture progressive des frontières.

Derrière un discours officiel se revendiquant des droits de l’homme, se dissimule en France une véritable volonté de rejet qui vise manifestement à décourager toute circulation ou installation de personnes exilées sur « son territoire ». Face aux situations de détresse vécues par celles-ci, des personnes solidaires, à travers tout le pays, sont venues spontanément à leur rencontre. Ensemble, elles ont ainsi révélé une politique délibérée de non-respect des droits. Non seulement inhumaine, elle est aussi illégale, coûteuse, et met en péril la cohésion de la population en libérant la parole raciste et xénophobe, en relayant les peurs cultivées depuis si longtemps par l’extrême droite.

Nous, réfugié.e.s, exilé·e·s, sans-papiers, étranger·e·s, citoyen·nes tous·tes solidaires les un·es des autres, affirmons que la France doit devenir un pays ouvert et accueillant. Un pays permettant à celles et ceux qui le souhaitent de s’y établir dans le respect de leurs droits et des principes d’égalité, de dignité et d’humanité, conformément à l’article 13 de la Déclaration universelle des droits humains.

Nous voulons rappeler que les raisons qui amènent une personne à s’exiler sont multiples et complexes, mais qu’elles n’ont rien d’une fatalité. Au contraire, elles résultent en partie de choix politiques assumés par les États, contre les peuples, ici et là-bas. Les pays européens et, en particulier la France, y jouent souvent un rôle significatif, en soutenant notamment des dictatures pour des raisons de stratégie militaire ou économique. Si les personnes exilées représentent une infime proportion de la population française, leur arrivée pose des questions majeures sur le plan symbolique et politique : l’accueil de l’autre, la place que peut et doit faire une société qui se dit civilisée à l’étranger, au pauvre, à celui ou celle qui est différent·e, à toutes celles et tous ceux qui se sentent en exil.

C’est ce que veut exprimer la référence au Conseil national de la Résistance qui, lors d’un des moments les plus sombres de l’Histoire, a lui aussi jeté les fondements d’une société nouvelle. Le socle de celle-ci, un héritage construit avec courage dans la clandestinité, qui avait l’ambition de constituer un refuge pour toutes et tous, se trouve malheureusement peu à peu démantelé par nos gouvernements successifs.

Ainsi, les enjeux posés par l’arrivée des personnes exilées dépassent de loin leur situation particulière. Ils nous poussent à explorer les formes d’un nouveau pacte social inclusif et ouvert. Ils nous donnent l’occasion de questionner, toutes et tous ensemble, l’Histoire, la mémoire et les valeurs de notre société.

Le CNR n’est affilié à aucun parti politique. Nous sommes un COLLECTIF car nous souhaitons ramener au centre de l’action citoyenne, des enjeux collectifs qui ne peuvent se résoudre que collectivement. Cette forme permet d’exprimer massivement des volontés communes. Chaque individu, association ou collectif se reconnaissant dans les revendications du CNR est, bien entendu, invité·e à le rejoindre.

Nous nous référons au concept de NATION, en tant que groupe humain, ayant conscience de son unité dans sa diversité, animée par une volonté commune de vivre ensemble. C’est une nation inclusive, évoluant avec celles et ceux qui la composent. Elle se distingue absolument et strictement de toute crispation identitaire ou patriotique, ainsi que de toute idée de frontières qu’il faudrait protéger. Ce sont en effet les humains qui doivent être protégés, et non les frontières.

Aussi, appelons-nous à construire un REFUGE car un État en paix se doit d’accorder une protection inconditionnelle à toute personne en exil lorsque son existence est menacée dans son pays, que les raisons en soient politiques, climatiques ou économiques — catégories indissociables lorsque l’on envisage des parcours de (sur)vie et non des cases administratives.

Si l’exil est une souffrance, l’accueil est un devoir, un droit, et peut devenir une chance y compris pour la société qui accueille. Nous souhaitons rassembler nos voix pour plaider unanimement pour une Nation-Refuge qui soit respectueuse de l’égalité et des droits.

Protégeons les humains, pas les frontières.

Position et revendications du Collectif pour une Nation-Refuge

Nous, membres du CNR, dénonçons et refusons la politique actuelle de « dissuasion migratoire » qui se traduit notamment par :

  • un État qui se trouve dans l’illégalité au regard du droit d’asile 2 ;
  • des maltraitances institutionnelles nombreuses et avérées ;
  • une grande souffrance psychologique chez les personnes exilées, s’exprimant par des dépressions et tentatives de suicide ;
  • la mise en danger de nombreux enfants, qu’ils soient en famille (impossibilité d’exercer la parentalité dans de telles conditions) ou sans famille (abandon à la rue de nombreux·ses mineur·e·s isolé·e·s) ;
  • la montée des représentations d’extrême droite, considérant l’étranger comme un danger ou un malheur ;
  • la souffrance au travail de tous les personnels (services sociaux, associations…) qui doivent concrètement subir les effets de cette politique dans le quotidien de leur activité (surcharge, tensions, agressions, injonctions contradictoires).

Solidaires, ensemble, réfutant toute posture paternaliste, mettant en avant la parole des personnes exilé·e·s, nous militons pour :

  • Le respect et l’interprétation large du droit d’asile :
    • respect des délais légaux d’enregistrement ;
    • refus absolu des transferts Dublin permis par l’application systématique du règlement Dublin III, demandée notamment par la circulaire du 16 juillet 2016 ;
    • abrogation/annulation des accords de Dublin ;
    • abandon de la distinction entre « migrants » et « réfugiés » qui seraient les seul·e·s légitimes ;
    • prise en compte des motivations climatiques, économiques et autres ;
    • abandon de la « présomption de mensonge » à l’OFPRA.
  • Un accueil serein et respectueux de la souffrance et du parcours des personnes exilées :
    • mise à niveau du nombre de places en CADA et abandon des solutions dégradées que constituent les CHU-M, CAO, Prahda et autres gymnases d’urgence – accès aux conditions matérielles de l’accueil pour toutes et tous ;
    • mise à niveau des organismes devant traiter de la demande d’asile ;
    • arrêt de la délégation de l’intendance de ces hébergements à des associations sans contrôle du niveau de qualité des prestations ;
    • prise en compte de la dimension humaine et psychologique ;
    • attention particulière aux enfants dans l’exil, en ou sans famille.

Premiers signataires :

Paris d'Exil Collectif solidarité Migrants-Wilson Welcome Bordeaux Le MAS Eymoutiers Les Eveillés les Amigrants de Rouen Une terre pour Tous Collectif des Batignolles Collectif des P'tit Dej' à Flandres La plateforme d'aide aux réfugiés en France United Migrants La gamelle de Jaurès Revivre Collectif sénonais de soutien aux migrants et réfugiés Les Utopistes en Action article1er Accueil migrants Haute-Vienne Réseau de Soutien aux Migrants Yonne (RSM89) Association ESSOR Collectif amiénois des sans-papiers (CASP) Méditerranée heureuse

  1. En 2016 en France, on enregistre 1 138 demandeurs d’asile par million d’habitants, soit seulement 1 demandeur pour 1 000 habitants. Source : Eurostat, communiqué 46/2017, 16 mars 2016

  2. Le Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe note qu’en 2014, il n’existait aucun CADA sur les territoires d’Outre Mer, et seuls 33% des demandeurs d’asile avaient accès à un CADA en métropole. La « directive accueil » prévoit pourtant des « conditions matérielles d’accueil » dignes. Source : Rapport du Commissaire aux Droits de l’Homme du conseil de l’Europe suite à sa visite en France, 22-26 septembre 2014