> La mise en danger des enfants accompagnés ou non accompagnés

Welcome family !

Face à la terreur, la misère et la guerre, des familles décident de tout quitter pour tenter d’offrir un avenir meilleur à leurs enfants.

Mais l’accueil que leur réserve la France est loin d’être au niveau de leurs espoirs.

Les familles en exil ne sont pas prioritaires dans l’enregistrement de leur demande d’asile. Comme tout le monde, elles doivent se rendre, dès leur arrivée, dans une plate-forme d’accueil des demandeurs d’asile (PADA) qui leur donnera un rendez-vous à la préfecture, où elles pourront déposer leur demande. Mais certaines préfectures, au mépris de la loi, délivrent les rendez-vous au compte-goutte et les files d’attente s’allongent devant les plateformes. Ainsi, hommes, femmes et enfants se retrouvent à dormir dans la rue afin d’être pris en compte pas ces dispositifs. Les voilà ainsi à la merci des violences policières qui cherchent à éviter « les regroupements » de personnes exilées.

Rappelons que la loi en France prévoit que l’État a le devoir de proposer à tout demandeur d’asile un hébergement dans un centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA) entre 3 et 10 jours ouvrés après son arrivée. Mais les délais sont régulièrement très largement dépassés et la plupart des demandeurs d’asile ne passeront jamais une seule nuit en CADA pendant toute la période de leur demande d’asile, qui peut parfois durer plus d’un an.

Aussi, certaines familles se retrouvent-elles à la rue, avec des nourrissons, des enfants en bas âge. D’autres sont « mises à l’abri » dans des hôtels sociaux, dont la majorité est insalubre. Il est rarement possible de pouvoir y cuisiner, les chambres sont envahies de puces et de punaises de lit. En prime, il est courant d’y attraper assez vite la gale. Pourquoi l’État préfère dépenser des sommes folles chez ces marchands de sommeil au lieu d’investir dans des infrastructures qui permettront d’accueillir dignement sur le temps long et en outre de faire des économies ?

Par ailleurs, les familles sont très souvent ballotées d’un hôtel social à l’autre, ce qui oblige des parents à faire plus d’une heure et demie de trajet pour déposer leurs enfants à l’école. Sans compter que dans certains départements l’inscription à l’école, pourtant obligatoire, est très longue et peut parfois prendre une année.

La façon dont ces familles exilées sont considérées et malmenées par les institutions est un miroir dont ce pays traite les personnes les plus démunies. Comment un pays si riche qui se fait appeler « le pays des droits de l’homme » peut consciemment laisser des êtres humains sans logement, sans nourriture et sans accès à leurs droits ? Nous sommes loin des « jours heureux » auxquels osait rêver le Conseil national de la résistance en 1944, pendant l’un des périodes les plus sombres de l’histoire de France.

Est-ce être fou ou dénié de tout sens de la réalité que de penser que ce pays a le devoir d’être un refuge pour toutes et tous ?

 

« La France n’aime pas les enfants. »

Il me le dit simplement, c’est un constat et allez savoir pourquoi je le prends pour moi… C’est toujours comme ça, j’ai encore du mal à me dissocier. Je lui réponds que ce n’est pas vrai, la France n’aime pas les enfants étrangers, c’est pas pareil.

Mais ensuite je repense à mon amie qui se bat pour les droits de l’enfant en France, qui est désespérée dans sa lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants français… comme c’est difficile, comme ils ne sont pas protégés eux non plus…

Je ne le dis pas à Khalil parce que j’ai un peu honte, allez savoir pourquoi.

« Je lui ai dit de ne pas aller à la Croix rouge pour être reconnu mineur, ça sert à rien », me dit-il.

Là aussi, je m’insurge, il a 14 ans, évidemment qu’il doit aller là-bas, avec un peu de chance, il pourra être reconnu mineur, ça peut marcher !

« Et après, ils vont l’envoyer dans la campagne au milieu de rien, il n’ira pas à l’école, ça sert à rien, il vaut mieux qu’il reste là, avec nous. »

« Mais enfin Khalil c’est pas possible ! Ok, il y a des cas comme ça, c’est vrai, mais il y a aussi des endroits où ça se passe bien, où ils sont suivis, il faut essayer au moins… »

« Moi tous ceux que je connais ils ne font rien, pas d’école, rien, regarde le frère de Nadjib, il est dans un hôtel tout seul toute la journée, sans rien faire. »

Je me souviens de ce petit, il était sur mon canapé le temps d’un repas chaud. Il venait de traverser la frontière italienne après avoir passé 9 mois cet hiver derrière les barbelés en Serbie, il avait 14 ans… Je me souviens de Nadjib qui envoyait de l’argent au passeur, je me souviens de son inquiétude face aux températures en dessous de tout… Je me souviens du passeur qui disait qu’il n’y avait pas moyen de passer… et puis un jour, il est là dans mon salon, il a des cheveux blancs, il me dit pudiquement que son visage a beaucoup changé, c’est la veille de son audition pour être évalué mineur ou pas… Je lui dis de se faire traduire ce qu’aura écrit l’officier, de corriger parce qu’il va mentir sur son récit cet officier, je le prépare comme je peux à un refus systématique. Finalement il sera admis, un presque miracle… Depuis il végète quelque part, abandonné…

Les gars ne me font plus confiance. Ils se débrouillent avec les petits, ils les gardent, les hébergent un peu, quand ils auront l’air un peu plus « adultes », ils déposeront leur demande d’asile majeur, à 15 ou 16 ans… C’est comme ça qu’ils ont fait eux aussi.

Ils sont dans ma cuisine les grands, ils font à manger pour les petits, un plat du pays et les petits écoutent docilement. Finalement j’arrive à les convaincre de dire aux deux petits d’aller tenter de se faire reconnaître mineurs à Paris. Il y en a un qui a passé un an à Calais, il s’est retrouvé pris en charge à Toulouse lors du démantèlement, mais lui il voulait rejoindre son frère en Angleterre, on lui avait dit qu’il n’y aurait pas de souci… mais une fois la jungle de Calais démantelée, l’Angleterre n’a pas tenue sa parole, non les petits ne retrouveront pas leurs familles… Le petit s’est échappé de Toulouse… Les grands lui expliquent que c’est de la folie que d’imaginer qu’à Paris il trouvera une solution, il fallait rester à Toulouse… Ici, il sera refusé, il sera à la rue… le petit n’écoute pas, il a le regard perdu… J’achète un billet pour celui qui veut rejoindre son oncle en Autriche, il a été refusé en France. Il a 14 ans lui aussi… Je l’accompagne à la gare, je lui dis de m’envoyer un message s’il arrive à passer les frontières… Il veut me rembourser quand il arrivera… On négocie qu’il me paiera un chocolat viennois un jour, si je passe par là. Un jour je ferai un voyage pour boire du chocolat, du thé et du café un peu partout en Europe… J’ai des rendez-vous avec des enfants sacrément respectables. La France n’aime pas les enfants, je n’arrive pas à m’y faire.

Marie Laure Malric, 27 septembre 2017.

 

Crédit : fares el fersan

 

Des mineur.e.s à qui l’on refuse leur statut d’enfants

Mohammad, 14 ans, était menacé de mort par son père en Afghanistan. Hawa, 16 ans, devait être excisée et mariée de force à un vieil homme au Mali. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres pour venir se réfugier en France, sans famille.
Mais aujourd’hui, Mohammad et Hawa, comme des centaines d’autres adolescent·e·s, sont à la rue.
C’est la DASES (direction de l’action sociale de l’enfance et de la santé) qui peut leur offrir le logement et la protection auxquels ils ont droit, selon la loi. Mais actuellement, la DASES remet la majorité de ces jeunes à la rue en utilisant des critères douteux et aléatoires. C’est le constat des collectifs et associations sur le terrain à Paris.

Pourtant, la France est signataire de la Convention internationale des droits de l’enfant qui l’oblige à protéger les enfants sur son sol sans condition de nationalité, de sexe, de religion ou d’origine : http://infomie.net/spip.php?rubrique271

Pourtant, les élu·e·s parisien·ne·s ont répété à plusieurs reprises que le budget n’était pas un problème. Dominique Versini, adjointe à la maire de Paris chargée notamment de la solidarité et de la protection de l’enfance, a déclaré dans son discours d’ouverture du colloque Babel en octobre 2016 : « Nous mettons 80 millions, ce n’est pas un problème de mettre un peu plus… »

La situation est urgente. Seul·e·s, victimes de la précarité, de la faim et du froid mais aussi de la pédocriminalité, d’agressions et de trafics humains, ces adolescent·e·s ont besoin d’être protégé·e·s.
Il n’est plus tolérable que la DASES refuse de les mettre à l’abri en fonction de leur apparence physique ou de la cohérence apparente de leur discours.

Sources

– Le domaine de la protection de l’enfance relève prioritairement, depuis la loi du 5 mars 2007, de la compétence des départements : http://infomie.net/spip.php?article1644

– Le mécanisme citoyen des 5000 signatures est prévu par l’article 15 du règlement intérieur du Conseil de Paris : https://api-site.paris.fr/images/72247

– En vertu du principe de présomption de minorité, le doute doit toujours bénéficier au jeune. Celui-ci est recommandé entre autres par la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme, le défenseur des droits, le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, le Haut Commissariat aux réfugiés, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies… Pour en savoir plus sur la présomption de minorité : http://infomie.net/spip.php?article1697